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Le 24-11-2015 à 16:11

Agrobusiness, la pollution comme solution ?

Par Fabrice Bugnot

L’agriculture, pourtant responsable d’une partie importante des émissions de gaz à effet de serre, ne sera pas intégrée dans l’accord qui doit être conclu lors de la COP21, car le sujet est trop clivant. En dépit des résultats de l’agroécologie, l’industrie chimique promeut le concept d’agriculture climats-intelligente (ACI), avec son lot d’utilisations d’engrais et d’OGM, comme réponse au dérèglement climatique.

L’impact de l’agriculture sur le climat reste compliqué à estimer. Selon les périmètres, la production agricole contribuerait à 10 à 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), principalement en raison des rejets de méthane (digestion du bétail et stockage du fumier) et de protoxyde d’azote (production et épandage d’engrais). Mais avec le changement d’affectation des terres, les transports, la transformation, l’emballage, la gestion des déchets…, le système agro-alimentaire représenterait de 44 à 57 % des émissions mondiales, selon l’ONG Grain. Ce secteur n’a pourtant pas été intégré dans les négociations internationales sur le climat. « C’est un sujet trop clivant pour les États, surtout pour ceux qui ont basé leurs économies sur les monocultures industrielles dédiées à l’exportation comme le Brésil ou les États-Unis », explique Katia Roesch, d’Agronomes et vétérinaires sans frontières.

Le défi est pourtant de taille : Comment réduire l’impact de l’agriculture sur l’environnement, tout en assurant son adaptation au changement climatique et sa capacité à nourrir les communautés humaines ? Pour les organisations paysannes et de nombreuses ONG, seul un changement de modèle, combinant la disparition progressive des approches industrielles et le développement de l’agroécologie, serait à même de résoudre l’équation. Pourtant, les solutions qui se profilent, portées par l’agrobusiness au travers du concept d’agriculture climato-intelligente (ACI) semblent aller dans le sens inverse.

Au Rwanda, des femmes de la coopération Indatwailumurim récoltent des pommes de terre. © Greg Funelle / Actionaid
Au Rwanda, des femmes de la coopération Indatwailumurim récoltent des pommes de terre. © Greg Funelle/Actionaid
Un espace de négociations parallèle

Le concept d’ACI a été lancé en 2010 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il affiche un objectif consensuel : « renforcer la capacité des systèmes agricoles de contribuer à la sécurité alimentaire, en intégrant le besoin d’adaptation et le potentiel d’atténuation dans les stratégies de développement de l’agriculture durable ».

L’Alliance globale pour l’agriculture climato-intelligente (Gasca), créée en 2014 avec le soutien de l’industrie des engrais, l’a ensuite repris à son compte, attirant plus d’une vingtaine d’États membres grâce à un lobbying intense qui a réussi à créer un espace de négociations parallèles. « Il y a désormais un véritable risque que des projets de l’agrobusiness soient financés par le Fonds vert pour le climat au travers du concept d’ACI. Ce serait une catastrophe », précise Teresa Anderson, d’Action Aid. Au menu : développement des OGM, des pesticides, des engrais, ou des agrocarburants industriels. Avant tout, « l’ACI sert aux entreprises privées pour verdir leurs actions et s’emparer de nouveaux marchés, notamment en Afrique ou en Asie », estime Teresa Anderson. Car si 80 % des membres de l’Alliance sont issus du Nord, leurs projets sont essentiellement menés au Sud.

Début octobre, 355 organisations de la société civile dénonçaient l’absence de légitimité de l’Alliance et rejetaient le concept d’ACI, rappelant qu’elles soutenaient les petits paysans, qui représentent 90 % des agriculteurs et produisent 70 % de la nourriture sur moins du quart des terres agricoles. « Le premier problème de l’ACI est qu’elle n’est volontairement pas définie. Il n’y a aucun critère environnemental ou social et cela ouvre la porte à tout et n’importe quoi », estime Jeanne-Maureen Jorand du CCFD-Terre solidaire. Pour Teresa Anderson, l’utilisation d’engrais est l’exemple parfait d’une mauvaise solution : « L’alliance veut nous persuader qu’en augmentant la productivité par hectare, avec des engrais, on peut diminuer l’intensité des rejets de GES. Mais cette solution va au contraire aggraver la situation, car ils ne prennent pas en compte les émissions liées à la production de l’azote, ni les rejets liés à l’épandage ou la destruction des sols. Au bout d’un moment, la matière organique meurt et il faut ajouter toujours plus d’engrais. C’est un désastre ».

Membre de la Coalition des femmes fermières du Malawi, Jane Harawa cultive du maïs sur une parcelle communautaire. © Graeme Williams / Panos / Actionaid
Membre de la Coalition des femmes fermières du Malawi, Jane Harawa cultive du maïs sur une parcelle communautaire. © Graeme Williams /Panos/Actionaid
 S’emparer de nouveaux marchés en Afrique ou en Asie

Alors que les engrais sont un des premiers postes de rejets de GES (5), le problème est présenté comme une solution ! De plus, ces pratiques renforcent la dépendance et la vulnérabilité des paysans. « En Afrique, l’agriculture familiale supporte deux-tiers des besoins alimentaires. Ce concept risque d’entrainer la privatisation des terres agricoles et le développement des OGM, alerte Ali Abdou Bonguéré, coordinateur national d’Eder Niger, ONG membre du Réseau climat et développement. La société civile africaine s’y oppose, cela entre en contradiction avec nos besoins, avec la sécurité alimentaire. Mieux vaut que cet accord ne mentionne même pas l’agriculture plutôt que ce concept d’agriculture climato-intelligente ». En Tanzanie, Yara et Syngenta ont déjà lancé des projets pour montrer que l’augmentation des rendements, avec des engrais chimiques et des semences hybrides, réduit la nécessité de déboiser et évite des émissions de GES. Mais, comme ailleurs, les risques de dégradation de l’environnement et d’accaparement de terres et de ressources naturelles, ne sont pas pris en compte.

En orientant les débats sur les solutions techniques concernant la phase de production agricole, l’Alliance essaye également d’éviter un débat politique sur l’ensemble de la chaîne alimentaire, contrôlée par ses membres. C’est pourquoi les ONG tentent aujourd’hui de remplacer, dans les textes de la COP21, la nécessité d’augmenter la production alimentaire par celle d’assurer la sécurité et la souveraineté alimentaire.

Pour Peggy Pascal de l’ONG Action contre la Faim (ACF), « L’agroécologie est une solution efficiente ». Témoignage.
Peggy-Pascal (1)« 2,5 milliards de personnes souffrent de malnutrition et 795 millions de la faim. Pourtant, nous produisons aujourd’hui de quoi nourrir 12 milliards d’individus. La moitié de cette production est gaspillée, perdue ou destinée à l’alimentation animale. Triste paradoxe, trois quarts des personnes mal-nourries sont des petits agriculteurs, ceux-là même qui nourrissent l’humanité. Et nous compterons 600 millions d’affamés supplémentaires en 2080 si nous continuons à émettre des gaz à effet de serre (GES) au même rythme qu’aujourd’hui. Très vulnérable aux évolutions du climat, le secteur agricole est aussi à l’origine du quart des émissions mondiales de GES – du moins une partie. Deux modèles distincts d’agriculture s’affrontent actuellement : l’agriculture industrielle promue par les industries agroalimentaires et agriculture durable et l’agro-écologie, centrés sur les petits producteurs et les communautés rurales. Le modèle agricole industriel repose sur l’usage intensif des intrants de synthèse et l’utilisation de semences hybrides et/ou transgéniques. Il occupe 70 à 80 % de la surface arable et consomme 70 % des ressources en eau, mais ne fournit qu’un tiers de la production alimentaire mondiale totale, principalement des céréales pauvres en protéines et en nutriments. Au cours des quarante dernières années, l’utilisation de fertilisants chimiques a été multipliée par huit alors que la productivité des céréales n’a pas même doublé. Et le problème des carences alimentaires ne sera résolu que si l’on investit dans des cultures contenant des nutriments. Les principes de l’agroécologie (surfaces réduites, main d’oeuvre familiale, approvisionnement des marchés locaux et liens forts avec les territoires) privilégient une gestion durable et optimisée des ressources et une production diversifiée. Ce modèle productif, efficace, résilient et durable répond aux enjeux d’adaptation et d’atténuation des émissions de GES. En dépit de son image d’agriculture dépassée, l’agro-écologie est économiquement et écologiquement efficiente, et apporte une vraie réponse à la question de la faim. » – Propos recueillis par Louise Bartlett

Poursuivez l’exploration de notre dossier climat spécial COP21

  

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